Sur un ring de muay-thaï ou de K1, un combattant sait qu'il ne sera jamais projeté au sol pour y être frappé. Toute sa garde, ses appuis, son rythme reposent sur cette certitude. En MMA, elle disparaît. Le moindre coup de pied peut être attrapé, le moindre pas en avant mal placé offre les jambes à un lutteur, et le grillage remplace les cordes. Les armes du pieds-poings restent redoutables, mais leur valeur change. Certaines gagnent en importance, d'autres deviennent des paris.
Venir de la lutte ou du Muay-Thaï, c'est posséder un moteur exceptionnel. Mais apprendre à mélanger la gestion de la cage, les coudes au clinch et la défense d'amenée au sol, c'est réapprendre à conduire à 200 km/h.
Jean MacaireDes sports traditionnels au MMACe que les règles du MMA autorisent
Les règles unifiées, appliquées par les commissions américaines et reprises par la plupart des grandes organisations, fixent des rounds de 5 minutes avec 1 minute de repos, en 3 rounds pour un combat classique et 5 pour un championnat. Pour un spécialiste de la frappe debout, plusieurs différences avec son sport d'origine comptent immédiatement.
| Arme | Dans son sport d'origine | En MMA (règles unifiées) |
|---|---|---|
| Coudes | Muay-thaï uniquement | Autorisés debout, au clinch et au sol |
| Genoux | Muay-thaï, K1 | Autorisés, sauf à la tête d'un adversaire au sol |
| Coups de pied | Kickboxing, K1, muay-thaï | Autorisés, sauf à la tête d'un adversaire au sol |
| Clinch | Long en muay-thaï, bref en K1, séparé en boxe | Libre, avec projections et appui sur la cage |
| Frappes au sol | Interdites partout | Autorisées (poings, coudes), dans les zones légales |
| Gants | Gants de boxe rembourrés | Petits gants, doigts libres pour saisir |
Le low kick, arme de base
Le coup de pied bas est probablement l'arme du pieds-poings qui se transpose le mieux. Il ne demande pas de lever la jambe haut, il laisse l'attaquant sur des appuis relativement stables, et il use l'adversaire sur la durée : un combattant dont la jambe avant est touchée bouge moins bien, et entre moins facilement pour lutter. Ces dernières années, le coup de pied visant le mollet, plus bas que le low kick classique sur la cuisse, s'est beaucoup répandu en MMA pour ces raisons.
Il a pourtant un prix. Pendant qu'il frappe, l'attaquant est sur une jambe. Un adversaire qui attend ce moment peut saisir la jambe ou contrer d'un direct. La règle d'or reprend celle du muay-thaï : préparer le coup de pied avec les poings (le classique 1-2-LK), ne pas le lancer « à froid » à portée des mains adverses, et ramener immédiatement la jambe en garde. Les combinaisons de ce type sont détaillées dans combinaisons de base.
Coudes et genoux : l'héritage du muay-thaï
Le MMA a remis les coudes au centre du jeu de près. Ils servent dans trois situations : en sortie de clinch, quand l'adversaire recule la tête ; contre la cage, quand il est immobilisé ; et au sol, où une frappe courte du coude fait des dégâts sur une très faible distance. Le pratiquant de muay-thaï part avec une longueur d'avance, car il sait déjà frapper du coude sans s'exposer et en contrôlant l'adversaire de l'autre main.
Les genoux suivent la même logique. Au clinch, ils punissent l'adversaire qui baisse la tête pour chercher les jambes ; en contre, un genou montant peut cueillir celui qui plonge vers les hanches. Une limite à garder en tête : les genoux et les coups de pied à la tête d'un adversaire au sol sont interdits par les règles unifiées. La définition de l'adversaire « au sol » a été retouchée au fil des révisions, et toutes les commissions ne l'appliquent pas de la même façon.
Le clinch contre la cage
Le corps à corps du MMA ne ressemble pas tout à fait à celui du muay-thaï. On y cherche toujours à contrôler la nuque et les bras, mais l'adversaire peut aussi projeter, crocheter une jambe ou utiliser le grillage pour se relever. Le clinch devient un carrefour : on peut y frapper (genoux au corps, coudes courts), y lutter pour amener au sol, ou s'en servir pour sortir de la cage. Le spécialiste du muay-thaï y apporte la saisie de la nuque et le sens de l'équilibre ; il doit y ajouter le travail des underhooks (passer le bras sous l'aisselle adverse) et la défense des projections.
La défense de l'amenée au sol
C'est l'ajustement le plus important. Une garde de kickboxing typique est haute, les appuis étroits, le poids souvent sur la jambe arrière pour lever la jambe avant. Contre un lutteur, cela laisse les hanches et les jambes à découvert. La plupart des strikers qui réussissent en MMA modifient donc plusieurs choses :
- des appuis un peu plus larges et plus bas, pour pouvoir reculer les hanches à tout moment ;
- le sprawl : jeter les jambes en arrière et peser des hanches sur le dos de l'adversaire qui plonge ;
- des mains moins collées au visage, prêtes à contrôler la tête ou les épaules de l'attaquant ;
- la gestion de la cage : ne pas reculer en ligne droite vers le grillage, où l'amenée devient plus facile, mais tourner pour revenir au centre.
Ces gestes se travaillent aussi au sac. Dans le générateur de séance, la discipline « MMA » insère des changements de niveau (NIV) et des sprawls (SPR) dans les enchaînements, pour s'habituer à frapper puis défendre l'amenée sans temps mort.
Le grand public voit une bagarre ; l'initié voit une partie d'échecs à 180 pulsations par minute. Chaque feinte de buste, chaque changement de niveau est un piège minutieusement posé.
Jean MacaireLe jeu d'échecs dans la cageCe qui perd de la valeur
Certaines habitudes du pieds-poings deviennent risquées dans la cage. Le high kick lancé sans préparation offre une jambe facile à attraper ou laisse l'attaquant en déséquilibre. Le teep appuyé, très efficace en muay-thaï pour gérer la distance, peut être saisi. Les longues séries de crochets tête baissée, qui passent en boxe grâce aux gros gants, exposent davantage avec des gants de MMA. Et la garde « fermée » de la boxe, avant-bras collés au visage, protège moins avec de petits gants et laisse les jambes disponibles. Le guide boxe anglaise pour le MMA revient en détail sur ces ajustements.
Rien de tout cela n'est interdit, et les meilleurs strikers de MMA utilisent tous ces outils. Simplement, ils les placent au bon moment : après une feinte, en contre, ou quand l'adversaire n'est pas en position de lutter. C'est le sens du passage du ring à la cage : moins de volume gratuit, plus de frappes préparées.
Un point de vue de pratiquant
Jean Macaire a commencé par la boxe anglaise en 2008, avant de passer au MMA en 2012 pour travailler à la fois le grappling et le striking. Il pratique aujourd'hui le pieds-poings à Lyon et fait régulièrement du sparring léger avec des combattants régionaux. C'est ce double regard, celui du pratiquant et celui du journaliste qui suit l'UFC, le PFL et le KSW pour Dans la Cage, qui guide ce site. Pour comparer les règlements d'origine, voyez muay-thaï ou K1.
Questions fréquentes
Les coudes sont-ils autorisés en MMA ?
Oui. Les règles unifiées du MMA autorisent les coudes debout, au clinch et au sol, sur les zones de frappe légales. Certaines frappes restent interdites quel que soit le membre utilisé : derrière la tête, sur la colonne vertébrale, à la gorge.
Peut-on donner un coup de genou à un adversaire au sol en MMA ?
Non, pas à la tête. Les règles unifiées interdisent les coups de pied et de genou à la tête d'un adversaire considéré comme « au sol ». Les genoux au corps restent permis, et la définition exacte de l'adversaire au sol a évolué au fil des révisions : elle dépend de la commission qui encadre l'événement.
Faut-il changer sa garde de boxe pour le MMA ?
Le plus souvent, oui. Une position un peu plus large, les appuis moins haut perchés et les mains légèrement plus avancées aident à réagir aux tentatives d'amenée au sol. Les gants de MMA, beaucoup plus fins, couvrent aussi moins bien le visage qu'une garde de boxe classique. Voir boxe anglaise pour le MMA.
Le low kick est-il risqué en MMA ?
Il expose moins qu'un coup de pied haut, mais un lutteur peut saisir la jambe ou profiter du moment où l'attaquant est sur un appui. On le prépare donc avec les poings, on le place hors de portée des mains adverses, et on ramène vite la jambe en garde.